15ème cible HQE : pour que le bâti rembourse sa dette écologique

Des bâtiments conçus pour rembourser leur dette écologique , produire de l'oxygène, abriter une faune et une flore significative, épurer l'eau qui y passe… Voilà les principes qui fondent l'idée de la quinzième cible HQE. Passionné par le sujet, Nicolas Menu - architecte à l’agence Houyez depuis 2005 - fait le point. Interview.

Pouvez-vous nous résumer ce qu’est la 15èmes cible ?

« Tout d’abord, rappelons que cette 15èmes cible s'est ajoutée aux 14 cibles de la démarche Haute qualité environnementale validée par l'association HQE et ses partenaires. A mon sens, elle est parfois trop vite résumée à la question de la biodiversité dans les bâtiments respectant la norme HQE. Je dirais qu’elle concerne surtout la totalité de l’empreinte écologique qu’un bâtiment peut avoir sur son environnement et cela dépasse – tout en l’englobant - le thème de la biodiversité ! Disons que la 15èmes cible, cela passe par exemple par l’utilisation de matériaux ayant réclamé une faible utilisation de ressources premières, par l’exploitation de matériaux recyclés, de ressources inépuisables, renouvelables, des énergies vertes… On le voit, c’est une question aussi exigeante que complexe qu’il faut intégrer très en amont dans l’approche architecturale. »

… et qui répond bien à la fibre environnementale de l’agence Houyez ?

« Oui. A l’agence Houyez, nous avons le souhait de concevoir et bâtir des projets capables de ne pas nuire à la faune et à la flore mais aussi, de façon plus globale, de respecter l’environnement dès les toutes premières étapes de réflexion, de conception et lors du choix des matériaux. Autour d’un bâtiment, il existe tout un écosystème qu’il faut comprendre, cerner et protéger. A minima nous faisons en sorte de ne pas supprimer la qualité écologique d’un terrain sur lequel un de nos projets va s’élever. Un simple chantier, en soi, peut être destructeur ! Pour notre part, nous mettons tout en œuvre pour augmenter autant que possible les qualités écologiques des espaces sur lesquels nous intervenons. Et c’est passionnant ! S’implanter sur un champ par exemple – qui en soit ne possède pas énormément de qualités écologiques – nous permet assez facilement d’optimiser l’écosystème, de créer de la valeur environnementale. Et puis quand, dans l’entourage d’un chantier, il y a un marais, un bois, un écosystème spécifique, les choses deviennent plus stratégiques : nous concevons notre projet en tant que maillon supplémentaire pour les mettre en valeur, les préserver, et permettre à la faune et la flore de transiter et s’épanouir toujours plus. »

Le bâtiment en lui-même peut-il devenir un outil au service de la nature ?

« Oui. La 15èmes cible peut tout à fait concerner le bâtiment, qui devient alors lui-même un support de notre objectif : plutôt que d’envisager sa nature minérale comme une inertie – ce qui est une réalité en soi – eh bien nous tentons d’en tirer partie pour permettre aux petits animaux, à certaines plantes, d’y trouver des espaces de vie. Le bâti ancien permet déjà cela, alors pourquoi pas le neuf ? C’est l’objectif poursuivi par l’agence Houyez. »

Mais cela n’est possible qu’à la campagne…

« Justement non, cela n’est pas une démarche réservée à la campagne ou aux milieux dits naturels. Au contraire ! On peut tout à fait réaliser de belles choses en matière de 15èmes cible en milieu urbain ! Pourquoi ne pas prévoir ici et là des nichoirs pour accueillir les oiseaux, développer les murs végétaux si utiles aux insectes, eux-mêmes si utiles à notre écosystème… Même les grandes villes s’y mettent doucement : regardez simplement les projets de tours végétales qui apparaissent dans le paysage urbain et surpeuplé de certaines métropoles dans le monde. On redécouvre le rôle précieux de la faune et de la flore dans nos vies. »

Il y a finalement une dose de bon sens derrière le propos de cette 15èmes cible !

« Oui c’est vrai. Dans l’absolu, la quinzième cible - bien que transversale et de fait, complexe à appréhender dans toutes ses interactions – relève du bon sens, de la logique, d’un certain niveau de prise de conscience écologique. Il s’agit avant tout de rendre à la nature sa place dans nos réflexions et interventions afin de vivre en bonne harmonie. A l’agence Houyez, nous intégrons cette approche à toutes nos offres : bien sûr, les clients sont libres de suivre ou non tout ou partie de nos suggestions. Végétalisation des toitures, murs, nichoirs, abris… Tout dépend de la sensibilité environnementale du client et de ses ressources. Car cela implique des aménagements différents, plus ou moins importants selon l’ambition de la démarche. »

Quelles sont les réalisations emblématiques de l’agence HOUYEZ dans ce domaine ?

« Elles sont nombreuses. Citons le Centre Technique du Val de Marque à Villeneuve d’Ascq avec sa toiture végétalisée, ses nichoirs en façades, et même ses formes, qui l’intègrent de façon ergonomique dans le paysage… Citons aussi le Relais Nature de Santes du parc de la Deûle (lire l’interview de Pierre Dhénin, Directeur général d’Espace Naturel Lille Métropole). Personnellement, je constate une prise de conscience, une écoute et une ouverture de plus en plus grande sur ces problématiques de la part de nos clients. C’est bon signe. »

Quelles sont vos sources personnelles d’inspiration ?

« Je ne sais pas si c’est une source d’inspiration, mais j’aime beaucoup le travail de l’autrichien Friedensreich Hundertwasser, artiste-peinte et penseur inclassable qui, dès les années 70 - 80, a été un précurseur sur le sujet des constructions écologiques. Il se disait d’ailleurs avec humour « médecin de l’architecture ». Son discours et ses positions étaient profondément, passionnément écologistes. Ses créations picturales étaient joyeuses, toujours caractérisées par un foisonnement organique des formes, par la brillance des couleurs. J’aime beaucoup aussi l’intelligence des architectures vernaculaire, tout comme celle des fermes dans les highlands dont les toitures végétales sont fantastiques. Tout cela existe toujours, et fonctionne très bien. Finalement, aujourd’hui, on réinvente ce qui fonctionnait sur ces sujets, en les adaptant évidemment aux nouvelles réglementations et possibilités techniques. »

Merci Nicolas Menu.


Publié le 15 juillet 2013

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